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Lycée Tertulien Guilbaud
Port de Paix
1981 - 1983

Rôle du Me Théodore Achille

La réalisation du lycée de Port-de-Paix n’aurait pas été possible sans l’appui déterminant de Théodore Achille, un notable de la ville. Il aurait joué un rôle central en facilitant les relations avec le gouvernement de l'époque et en portant le projet auprès des autorités. L’architecte affirme sans détour : « Sans Théo, ma carrière publique n’aurait pas existé. »

Conception et implantation du lycée

La conception du lycée de

Port-de-Paix, en forme de croix, a été directement influencée par la disposition préexistante d’arbres sur la place, disposés eux-mêmes selon une forme en croix (ou en X). Ces arbres, des Azadiracta Indica, communément appelés nîmes, ont été coupés avant le début des travaux pour faciliter la construction. Ce geste a suscité un choc chez certains qui y voyaient une atteinte symbolique à un espace sacré.  Cependant, grâce à leur vitalité exceptionnelle, les nîmes ont repoussé rapidement — dès la fin de la construction, des arbres étaient déjà visibles. Aujourd’hui, ils apportent ombre et fraîcheur naturelles au lycée, réaffirmant l’harmonie entre architecture et nature.
 

Organisation spatiale

Le terrain, de forme trapézoïdale irrégulière, a guidé la disposition des bâtiments. Les ailes du lycée sont composées de pavillons groupés par deux ou quatre, alignés selon les diagonales du trapèze. Chaque pavillon abrite quatre salles de classe.

Le site est divisé en quatre quadrants :

•Un théâtre en plein air, orienté face à l’archevêché, permettant aux occupants du bâtiment religieux d’assister aux représentations depuis leurs balcons.

•Un espace d’entrée et de circulation pour les véhicules.

•Un parking.

•Un espace de récréation ou de sport pour les élèves.

Cette organisation traduit une volonté de créer un espace fonctionnel, ouvert et intégré au tissu urbain. Une clôture a été installée par souci de sécurité, mais elle a été conçue avec des modulations permettant de voir l’intérieur du lycée, préservant ainsi une certaine transparence visuelle avec l’espace urbain.
 

Innovations techniques et matériaux

L’un des aspects marquants du projet est l’utilisation de fenêtres en fibre de verre, un matériau alors peu courant dans les ouvertures architecturales. Ce choix innovant répondait à des enjeux de résistance et de conception : la fibre de verre pouvait être moulée en formes bosselées, offrant une rigidité supérieure à celle du verre plat traditionnel. Cela permettait aussi de jouer sur la lumière de manière artistique et diffuse.

Cet usage s’inscrivait dans une continuité, puisque ce matériau avait déjà été employé par l’architecte dans d’autres projets, notamment à la rue Villatte et Bathus Logos.

Collaboration et expertise

La réalisation du lycée a reposé sur une combinaison de compétences rares :

•Stewart North, un topographe anglais a joué un rôle essentiel dans le tracé précis du site. Un technicien hors pair doté d’un ordinateur sophistiqué pour l’époque, il a réalisé des calculs géométriques précis, notamment pour la conception des fenêtres.

•Le beau-frère de Stewart North, expert en ferronnerie, a contribué à la finition des éléments métalliques.

Sans cette collaboration internationale et experte, Villedrouin estime que le projet n’aurait pu être mené à bien.

Un second lycée abandonné : le fantôme des Cayes

Un second projet, celui d’un lycée aux Cayes, avait été entamé. Les fondations avaient été posées, et le tracé initial établi. Mais avec la chute du régime de Duvalier, le projet a été abandonné. L’architecte exprime un profond regret face à cet échec, voyant dans ce « fantôme » la perte d’une opportunité pour le pays.

Ce projet aux Cayes était perçu comme une « quadrature du cercle » à cause de la difficulté technique du site, ajoutée aux tensions locales avec certains groupes ouvriers hostiles au chantier.

Conclusion

Le lycée de Port-de-Paix est une réussite architecturale et humaine, née d’un compromis entre nature, fonctionnalité et contexte politique tendu. Il incarne la persévérance d’un architecte contraint de naviguer dans un pays où construire est toujours un acte de foi.

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