Pierre Richard
Villedrouin
Architecte
sustainable architecture Haïti, architecture durable

Profil
Né en Haïti en 1937, Pierre-Richard Villedrouin a obtenu son diplôme d’architecte à l’UNAM (Université nationale autonome du Mexique) en 1964. Il a débuté sa carrière au sein de cabinets d’architecture à Manhattan. Il est retourné chez lui en 1971 avec un grand espoir, pensant que les années de violence sous François Duvalier étaient derrière et qu'un renouveau était imminent pour l'île. Depuis, il a mis en avant une esthétique moderne qui se démarque de l'habituel.
Bien qu’il ait été profondément inspiré par son mentor espagnol Félix Candela et par les travaux de l’architecte italien Pier Luigi Nervi, Villedrouin a imprégné chacun de ses projets de sa propre vision, ancrée dans le contexte local. Doté d’une grande sensibilité aux matériaux, il a su tirer parti des ressources disponibles sur l’île, mettant en valeur des blocs de pierre calcaire, des briques d’argile ou de ciment, ainsi que le traditionnel badigeon à la chaux. Il a également préconisé l’usage de la fibre de verre — un matériau durable, pratiquement indestructible, qui favorise la ventilation des bâtiments tout en laissant pénétrer une abondante lumière naturelle.
Villedrouin a toujours défendu une architecture respectueuse de l’environnement. Au fil du temps, il a mis au point une technique de construction ingénieuse, explorant les formes de dômes, de pyramides et de plafonds voûtés constitués de réseaux de poutres triangulaires ; cette approche permet de limiter l’usage de caissons et de ciment, un facteur essentiel pour optimiser des ressources limitées dans un pays comme Haïti.
Villedrouin était un architecte « à l’ancienne ». Ses concepts prenaient forme à travers des esquisses dynamiques et des maquettes réalisées avec une minutie extrême.
Il était en parfaite résonance avec le syncrétisme de son île natale. Un regard attentif peut déceler, dans son œuvre, l’empreinte du vaudou et de ses symboles. Un mur, orné de motifs sinueux, fait écho au mouvement rythmé de Damballah, le dieu-serpent. La disposition cruciforme de son imposant lycée à Port-de-Paix évoque le *vévé* de Legba (dieu des carrefours dans le panthéon vaudou, associé à saint Pierre).
Villedrouin était connu pour sa vie privée tumultueuse et ses propos décomplexés qui ponctuaient ses conversations. Cette exubérance se reflétait dans la matérialité audacieuse de son architecture. Ses piscines sont profondes, aux formes sinueuses et aux dimensions proches de celles d’un bassin olympique. Les parois arrondies des chambres instaurent une atmosphère de calme et de confort. En pénétrant dans un salon, on est frappé par une hauteur sous plafond impressionnante, digne d’une cathédrale. Son célèbre « Belvédère », en porte-à-faux, s’élance depuis le flanc escarpé d’une montagne, tel un défi lancé au vide.
En 2009, Villedrouin a épousé Monique Wiener, sa compagne de longue date ; elle était entrée dans sa vie en 1986, suite au départ définitif de ses filles, parties rejoindre leurs mères à l'étranger. Monique lui a apporté une stabilité émotionnelle essentielle. Pour leur magnifique demeure de la Montagne Noire, ils ont souvent collaboré à la création de mobilier reflétant leurs goûts personnels. La maison constituait un véritable havre de beauté, d’art et de culture, où ils prenaient grand plaisir à recevoir leurs amis.
Villedrouin était un homme en quête perpétuelle de découvertes, examinant tout, des détails les plus infimes aux concepts les plus obscurs — autant d’éléments qui nourrissaient son imagination vaste et foisonnante. Il a su canaliser de puissants élans créatifs dans la pierre et le béton, donnant vie à ses rêves sous la forme d’espaces où il fait bon vivre. C’était un créateur singulier, un véritable architecte de l’espace.
Villedrouin appartient à cette génération de Haïtiens qui, dans les années 1950 et 1960, ont poursuivi leurs études à l’étranger et ont su conjuguer leurs expériences pour révolutionner le paysage artistique de leur pays. Parmi ses collègues et amis proches figuraient Jacques Gabriel, Gesner Armand, Hervé Télémaque et Hilda Williams — tous disparus aujourd’hui.
Les œuvres de Villedrouin demeurent une composante essentielle du paysage artistique haïtien et méritent d’être préservées.
En raison de l’instabilité politique préoccupante en Haïti et de problèmes de santé, Villedrouin a été contraint, en 2024, de quitter l’île qu’il chérissait tant pour s’installer à l’étranger auprès de ses filles : d’abord en Californie, chez son aînée, puis au Laos, chez sa cadette. Il s’est éteint paisiblement à Udon Thani, en Thaïlande, en octobre 2026.
Pierre-Richard Villedrouin laisse dans le deuil son épouse, Monique Wiener Villedrouin ; ses quatre filles et ses 3 gendres, Nathalie et Ilan Soussan, Emma Villedrouin et Michael Drabble, Maëlle et Dominique Beckrich et Aurélie Villedrouin-Lombard ; ainsi que ses huit petits-enfants : Maxime, Nicolas, Paul et Alice Beckrich, Félix et Xavier Drabble, et Elijah et Guinevere Soussan. Il laisse également son frère, « Biko » Armand Villedrouin ; sa belle-sœur, Marlene ; quatre neveux ; trois nièces ; ainsi que de nombreux proches dans les familles Villedrouin, Armand, Salgado, Ludecke, Wiener, Barthélémy, Blancpain, Degrémont, Léger, Cerge, Blanchard, August et Boswell.
Honneur et Respect
